Recherche

Images

Mardi 8 mai 2007 2 08 /05 /2007 12:10

La France qui se lève tôt se réveillera-t-elle à temps ?

Article publié sur le site de la revue Mouvements le 4 mai 2007 : http://www.mouvements.asso.fr/spip.php?article83
Par des manifestations matinales, un collectif démontre que la France qui se lève tôt ne vote pas forcément Sarkozy et explique combien le programme du candidat de l’UMP défavorise les travailleurs.

Manifestation du collectif devant la mairie de Neuilly Notre collectif de jeunes actifs, La France qui se lève tôt, a décidé d’entamer la campagne anti-Sarkozy à grands coups de percussions dans les rues d’une vingtaine de villes dès le début du mois d’avril. Nous avons préféré, un mois avant le 6 mai, faire l’impasse sur le premier tour, tant les affrontements entre petits candidats relèveront, plus tard, de la lutte anecdotique face à un danger majeur pour notre tissu social. 2002 nous avait privés de second tour, 2007 nous a volé le premier.

Un référendum anti-Sarkozy

En effet, l’appel au vote utile et la dispersion de la gauche radicale ont annihilé tout débat à gauche. Depuis cinq ans, Sarkozy sature l’horizon, ses provocations dictent l’agenda. Asséchant le vote d’un Jean-Marie Le Pen victorieux dans les têtes mais défait dans les urnes, le chef de l’UMP a choisi d’être le candidat de la seule droite, en pariant qu’elle lui suffira à dépasser les 50 %.

Mais en rassemblant les siens, il exclut les autres. Il réunit son électorat au prix de mille autres fractures. Face à ce candidat de premier tour, nous devions anticiper et ériger un cordon sanitaire de second tour.

Or, les tabous mutuels des organisations traditionnelles, soucieuses de ne pas brouiller leur identité, empêchent de constituer un front qui irait de l’extrême gauche au centre. Olivier Besancenot, Dominique Voynet ou Laurent Fabius ont disparu corps et biens de l’entre deux tours. Les organisations de jeunesse peinent à se coordonner. Alors que les partis n’offrent aux citoyens inquiets de la menace Sarkozy pas d’autre alternative que l’adhésion à la personne de Ségolène Royal, il nous appartenait de créer un collectif souple, informel et biodégradable, pour leur permettre d’accomplir ce qui sera peut-être leur « dernier barouf d’honneur ».

Le candidat des travailleurs ?

Nous étions particulièrement scandalisés que Sarkozy puisse se présenter en « candidat du travail », proposant aux Français qui se plaignent de leurs faibles revenus de travailler… 50 minutes de plus chaque jour. La « Valeur travail » sarkozyste est purement productiviste, sans réflexion sur l’amélioration des conditions de travail, ni sur le sens de la production. Et surtout, sans aucune remise en cause du lien de subordination salarial. Rien d’étonnant de la part d’un candidat qui entend « liquider l’héritage de mai 68 », au premier rang duquel l’acquis social que fut la reconnaissance des syndicats dans l’entreprise. Ce maintien de la hiérarchie traditionnelle dans les entreprises, transformant l’apologie du travail en promesse de remise au pas générale, contredit l’idée selon laquelle le travailleur serait libre d’arbitrer entre loisirs et heures supplémentaires. Si bien que nous l’avons pastichée en slogan beaucoup plus simple : « Travailler plus pour travailler plus », avec son cortège de stress, d’accidents du travail, et de suicides en plus. Autant d’embauches en moins pour les chômeurs et les sous-employés, qui seraient pourtant les premiers à vouloir travailler plus, et autant de bénéfices en plus pour les employeurs.

Manifestation à Crepy Nous étions également choqués de l’OPA de la droite sur « la France silencieuse », au nom de laquelle Sarkozy a justifié sa démagogie contre la soi-disant pensée unique des élites culturelles. A Crépy-en-Valois, des « lève-tôt » ont crayonné sur une pancarte « Les gens modestes / Ceux qui s’lèvent tôt / Vont-ils voter Sarko ? / Comme les aristos ? ». Les quelques milliers de ménages qui bénéficieront du bouclier fiscal à 50 %, de la quasi-suppression de toute taxation des héritages, de la défiscalisation des intérêts des emprunts immobiliers… eux ont un intérêt direct à voter Sarkozy, et ils le font. En effet, si Nicolas Sarkozy a visé les classes populaires, comme Jacques Chirac en 1995, il n’a jamais évoqué les inégalités de richesse, la « fracture sociale ». Au contraire, il s’en est régulièrement pris à « l’égalitarisme », en martelant que « le gâteau » (du travail et des richesses) ne se partageait pas, et que l’on n’augmentait sa part qu’en augmentant la taille du gâteau. Bref, la prouesse de la droite de 2007 aura été de faire adhérer les pauvres à un projet pour riches.

La Révolution nationale tranquille

Pour cela, Sarkozy a érigé un rideau de fumée réactionnaire, parlant de « valeurs » comme l’avait fait Bush en 2004, et trouvant des boucs émissaires parmi les jeunes, les banlieusards, les étrangers, les musulmans, les sans-papiers, les « déviants » en général, et même des figures jadis respectées comme les « droits-de-l’hommistes » ou les « syndicalistes ». D’ailleurs, derrière son apologie de la « Valeur Travail », le message implicite est une stigmatisation des chômeurs, fraudeurs et tire-au-flanc rendus responsables de leur chômage, appelés à entrer de force dans la sphère de la production marchande ou à sortir sans bruit des chiffres du chômage. Sarkozy a réussi l’exploit de faire croire à ses électeurs qu’ils étaient spoliés non par les riches mais par les pauvres, qui menaceraient leur identité nationale.

Haro sur les faibles ! Apologie des croisades, des conquêtes coloniales de Napoléon en Egypte, Napoléon III en Algérie et Lyautey au Maroc, au nom du « rêve européen »… : Sarkozy explique très clairement que, dans la fresque de l’histoire de France qu’il trace en direction de l’électorat frontiste, il n’y a pas de place pour les « vaincus ». Les victimes de cette histoire, dont il convient d’assumer la fierté en bloc, sans droit d’inventaire, n’ont pas le choix : « La France tu l’aimes ou tu la quittes », ne cesse-t-il de répéter. Dans une société où les inégalités sont appelées à exploser au fur et à mesure des défiscalisations, l’addition de l’importation du choc des civilisations et d’un ultralibéralisme débridé annonce une nouvelle devise sociale : malheur aux perdants !

Et sus à ceux qui refusent la compétition. L’idéologie fantasmée de cette « anti-France » jetée en pâture aux préjugés est toute trouvée : ce serait l’« esprit de jouissance » qui aurait pris le pas sur « l’esprit de sacrifice », pour reprendre les mots de Philippe Pétain contre les congés payés, et qui sont à peu de choses près ceux de Nicolas Sarkozy contre les 35 heures et mai 68.

Ironie suprême, les enquêtes montrent que Sarkozy est minoritaire dans toutes les classes d’âge inférieures à 65 ans, et ne gagne que grâce aux plus de 65 ans, qui voteraient pour lui à près de 75 %. Le candidat des gens qui se lèvent tôt est en réalité le candidat des retraités ! La France qui travaille et a connu mai 68 face à la France qui ne travaille plus et a connu Pétain. Bravo Sarkozy pour avoir réussi à traduire cette fracture générationnelle dans les urnes…

Pour enrayer ce hold-up sur le travail, il nous fallait réactiver des symboles inverses, manifester sur des lieux de mémoire pour démasquer le confusionnisme historique de l’UMP. Et ramener Sarkozy à lui-même, à Neuilly, ses 2,6 % de logements sociaux, ses grands-mères à caniche et manteau de fourrure. Le renvoyer à son statut de caricatural candidat des riches soutenu par les puissants. Et surtout expliquer à qui profiterait son programme : non pas à « la France qui se lève tôt », mais à la France des rentiers qui s’enrichit en dormant, la France minoritaire des héritiers qui s’est juste « donné la peine de naître ». « Bouygues-Dassault-Lagardère : les fils à papa avec Nicolas », chantons-nous pour rappeler que les vrais soutiens de Sarkozy ne sont pas Christian Clavier et Basile Boli.

Voter Ségolène Royal

Il n’y a aujourd’hui plus qu’une solution contre Sarkozy. Voter Ségolène Royal, ce n’est pas lui faire un chèque en blanc. Au contraire, c’est rendre de l’espoir à nos combats pour les cinq années à venir.

Qui va interdire les OGM ? Ségolène Royal, qui s’est engagée à un moratoire des cultures OGM en plein champ, a déclaré sa région zone sans OGM, et non Nicolas Sarkozy. Qui va mettre en œuvre la réquisition des logements vacants ? Ségolène Royal, qui l’a annoncé au Ministère de la crise du logement, et non Nicolas Sarkozy, qui a dénoncé l’occupation illégale par des mal-logés de cette banque vide depuis trois ans. Qui va augmenter le SMIC ? Ségolène Royal, et non Nicolas Sarkozy qui s’y refuse et ne propose aux salariés que de travailler plus. Qui va rémunérer les stagiaires ? Ségolène Royal, dont le parti a proposé une loi en février dernier que l’UMP de Nicolas Sarkozy a refusé en bloc. Qui va investir dans l’enseignement supérieur et dans la diminution du nombre d’élèves en ZEP ? Ségolène Royal. Et non Nicolas Sarkozy, qui ne pourra baisser de 4 points de PIB le montant des prélèvements obligatoires qu’en rognant toujours plus sur les services publics essentiels (mais sans toucher à l’armée ou la police).

Dimanche 6 mai, il manquera peut-être hélas quelques voix à Ségolène Royal pour battre Sarkozy. Si elles manquent au centre, au vu de la droitisation de l’électorat, cela serait compréhensible. Mais si elles manquent à gauche, au nom d’on ne sait quelle radicalité ou stratégie du pire, c’est que le gène du suicide existe en politique !

Par Manuel Domergue - Publié dans : Vers une écologie populaire
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Commentaires

Depuis 3 mois j'ai ouvert un blog politique sur http://desirsdavenir86000.over-blog.net/
Ce blog est consacré à Ségolène Royal qui va sans doute devenir prochainement la chef de l'opposition et elle sera sans doute notre candidate pour les élections présidentielle de 2012.
Venez nombreux voir ce blog malgré vos appartenance politique,il est ouvert à tout le monde.
Pourriez vous mettre un lien vers mon blog s'il vous plait!!!
Nous vous remercions tous pour cette belle campagne présidentielle et nous remercions Mme Ségolène Royal qui a fait une très bonne campagne et qui a su nous redonner le goût de la politique.
Vous pouvez dès maintenant vous abonnez à la Newsletter.
Commentaire n°1 posté par arno le 17/05/2007 à 13h04

Calendrier

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Recommander

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus